Ramsès le Grand.

 

 

Visage de Ramsès II.

Ramsès II est probablement, avecToutankhamon le pharaon le plus connu du grand public, mais contrairement à ce dernier, son long règne est bien documenté. Il s'agit ici de rappeler les grandes phases du règne, en se référant aux biographies du roi qui sont parus depuis une vingtaine d'années.

On s'accorde à penser que la naissance de Ramsès II aurait eu lieu sous Horemheb, mais la réalité de l'enfance du futur pharaon reste masquée par les récits de propagande plus tardifs. L'éventuelle corégence du roi avec son père Séthy Ier est, elle aussi, très discutée. Si nous n'avons aucune trace d'un comput parallèle des deux rois, le statut de Ramsès semble bien avoir dépassé celui d'un simple prince héritier désigné : c'est ce que Kitchen a appelé la "régence". Quoi qu'il en soit, le règne de Séthy I s'achève après 12 années. Ramsès II devient alors le roi d'Egypte pour soixante-sept ans.

 

Le roi est ici représenté avec les caractéristiques de l'enfance: la tresse et le doigt dans la bouche.
Il ne s'agit pas d'une représentation du jeune prince Ramsès, mais bien du grand pharaon après son couronnement.
Le diadème seshed, orné du cobra protecteur, est la couronne royale.

La famille de Ramsès II est maintenant bien connue. Ses parents étaient issus du milieu militaire, et ce fait eut une grande importance dans la formation de la politique du roi. La reine mère, Touy, parfois surnommée Mout-Touy, a survécu jusque vers l'an 23 du règne de son fils, et il semble bien que son influence politique ait été réelle. Ramsès II avait une soeur, Tia, épouse du trésorier Tia ! Après de nombreuses discussions, il semble établi que Ramsès II n'a pas eu de frère. En revanche, la progéniture du roi est extrêmement abondante, puisqu'une centaine d'enfants sont attestés, mis au monde par plus d'une dizaine de reines et un plus grand nombre de concubines sans doute. La reine Néfertary "aimée de Mout" est la première épouse du roi chronologiquement, et son importance à la cour fut renforcée après qu'elle eut mis au monde le premier fils du roi Amonherounemef (plus tard appelé Amonherkhépéchef). Néfertary devait mourir en l'an 26 du règne de Ramsès II, après avoir donné naissance aux princes Parêherounemef, Méryrê et Méryatoum, et aux princesses Baketmout, Néfertary II, Mérytamon et Hénouttaouy. Le tombeau préparé pour la reine dans la vallée des reines est sans doute le plus somptueux jamais creusé dans la falaise thébaine.

Colosse de Ramsès II.

La seconde épouse de Ramsès II est la reine Isisnofret, longtemps mal connue, mais dont le rôle est éclairé par les découvertes récentes. En effet, Isisnofret reste dans l'ombre jusqu'à la mort de Néfertary. Ensuite, elle devient première épouse jusqu'à sa mort vers l'an 34. Isinofret a mis au monde la première fille de Ramsès, Bentanat, puis les princesses Nébettaouy (?) et Isinofret II, et les princes Ramsès (deuxième fils du roi) et Khâemouaset (grand prêtre de Ptah) et Mérenptah (treizième fils du roi et son successeur).

Pectoral de Ramsès II.

On connaît beaucoup moins bien les autres enfants de Ramsès II. Vers l'an 20, le roi reprend une pratique en cours sous Amenophis III et IV, il épouse une de ses filles, Bentanat. Suivront les mariages du roi avec Mérytamon (vers l'an 26), Nébettaouy et Hénouttaouy (vers l'an 30) et Hénoutmirê dont on ne connaît pas la mère (vers l'an 40 ?). Surtout, Ramsès II, perpétuant la tradition des mariages diplomatiques, épouse en l'an 34 la fille du roi hittite Hattousili III, qui reçu le nom égyptien de Maathornéférourê. Puis, vers l'an 40, il épouse une autre fille du souverain hittite.

Ces mariages sont l'aboutissement d'une inflexion de la politique égyptienne vis à vis des Hittites. Le début du règne avait vu Ramsès II mener de nombreuses campagnes en Syrie-Palestine pour faire échec aux prétentions hittites sur ces territoires. En l'an 4, c'est le choc de Qadesh-sur-l'Oronte entre les deux armées. Le combat âpre se termine par une semi-victoire des Egyptiens, mais la catastrophe n'a été évitée que de justesse, Ramsès II s'étant trouvé encerclé à un moment donné de la bataille. La propagande royale va reprendre tout au long du règne le thème de Qadesh, pour magnifier le rôle du roi et des dieux. Le "Bulletin" de Qadesh prend la forme d'un récit militaire, accompagné de bas reliefs gigantesques sur les temples de Karnak, Louqsor, Abou Simbel et bien sûr au Ramesseum. Mais la bataille est aussi racontée dans le "poème de Pentaour", version plus lyrique transmises sur papyrus. Ce moment du règne marque durablement la politique du roi et le développement de l'idéologie royale. Cependant la guerre se poursuit. Vers l'an 8, Ramsès II doit prendre Tounip et Dapour, deux cités syriennes aux mains des alliés des Hittites. Puis, vers l'an 14, le roi, accompagné par son fils aîné Amonherkhépéchef effectue une campagne en Palestine. Ce n'est que vers l'an 20 que les relations égypto-hittite se détendent pour aboutir à un traité de paix entériné quelques années plus tard par les mariages de Ramsès II avec les filles du roi hittite. Dès lors le Hatti et l'Egypte vont vivre une période de paix et de prospérité d'une cinquantaine d'années.

Stèle de la bataille de Qadesh.

La politique intérieure de Ramsès II est marquée par un vaste programme de construction, favorisé par la durée du règne et par la période de paix qui suit le traité égypto-hittite de l'an 21. Dès le début du règne, deux directions sont données. D'une part les monuments d'éternité du roi à Thèbes : tombe dans la Vallée des rois, et temple de millions d'années (le Ramesseum). D'autre part, l'intérêt du roi pour la Nubie avec la construction du temple de Beit el-Ouali. Plus tard, ses directions seront complétées : Temples de Derr, Ouadi es-Séboua, et Gerf Hussein en Nubie, et surtout les spéos d'Abou Simbel, inaugurés vers l'an 25, qui restent les chefs-d'oeuvre du roi en Nubie. Les travaux thébains se poursuivent par le creusement des tombes des princes et princesses dans la Vallée des rois et des reines. On a retrouvé récemment la tombe préparée dans la Vallée des Rois pour les fils de Ramsès, elle compte plus de 150 caveaux et est ainsi la plus grande tombe d'Egypte.

Le roi vit mourir une grande partie de ses enfants et de ses femmes au fur et à mesure que le règne avançait. En l'an trente, Ramsès II célèbre son premier jubilé (Fête Sed). Il va en célébrer quatorze, record absolu pour un pharaon (Il prend alors l'épithète "maître des jubilés comme Ptah-Tatenen"). Peu à peu, l'aspect divin de Ramsès II est mis en avant, et le roi finit par se faire représenter en train de s'offrir des offrandes à lui-même, Ramsès-le-dieu, siégeant entre Amon et Mout ! Cependant, le roi vieillissant doit laisser le gouvernement effectif du pays à ses fils Khâemouaset puis, à partir de l'an 55, Mérenptah, qui lui succède enfin après sa mort en l'an 67. Ramsès II fut enterré dans sa tombe de la Vallée des Rois, mais celle-ci fut pillée à la fin du Nouvel Empire, comme tant d'autres tombes royales. La dépouille du grand roi a trouvé refuge dans la cachette de Deir el-Bahari au côté des autres souverains du Nouvel Empire.

Momie de Ramsès II, Musée du Caire.

 

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